Janvier 2009 Extrait du « Carnet de route » d’un ancien désobuseur.

Extrait du « Carnet de route » d'un ancien désobuseur.

Recueil de souvenirs d'un lorrain né en 1927 à Verdun (Meuse).

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« A la fin de l'occupation allemande Verdun a été bombardée. De nombreuses bombes n'ont pas éclaté, grâce aux sabotages.

A la libération après le départ des Allemands, je travaillais à l'Arsenal de Verdun, au « Centre de récupération du Matériel Militaire sur le Territoire de Verdun » (ci-joint ma carte de légitimation).

 

Mon emploi était « désobuseur ». J'étais  manœuvre et je travaillais avec 2 de mes oncles ; l'un d'eux, Fernand Legay était qualifié pour ce travail. Je ne sais pas où il avait été formé mais il l'était.

 Nous faisions partie du personnel civil commandé par un militaire.

 

Fernand Legay était un résistant, chef du groupe Savoie. Il avait déminé le pont Beaurepaire de Verdun en août 1944 afin que l'armée de Patton puisse poursuivre sa progression. Il avait été décoré par l'US Army . Plus tard son nom a été donné à ce pont de Verdun.

 

Notre travail de désobuseur consistait à :

-  Neutraliser les bombes allemandes non explosées lors des bombardements.

Nous les désamorcions en les dévissant assez facilement avec des clés adaptées, car récentes donc pas encore rouillées.

Ensuite nous transportions les ogives (fonte aciérée pour celles de qualité supérieure, ferraille pour celles de fin de guerre - le budget de l'Allemagne commençait à s'épuiser sans doute) dans les trous d'obus (datant souvent de la guerre de 14-18) dans la campagne aux alentours de Verdun, les mettions en tas et les faisions sauter.

 

 

Des sociétés privées achetaient les obus désamorcés ; ils éliminaient la poudre par brûlage et vidaient l'explosif en les chauffant au-dessous. Leur but état de récupérer les métaux qui étaient précieux et représentaient sûrement beaucoup d'argent.

 

-   Détruire les stocks de munitions douteux dans tout le département.

 

-   Récupérer toutes les armes et munitions pouvant encore servir pour l'Armée française.

 

L'armée d'occupation avait stocké des munitions en plein air dans de nombreux endroits avec parfois une protection par des mines à déclenchement ultra-sensible.

 Dans les bâtiments certains endroits étaient piégés aussi et le simple fait d'ouvrir un tiroir pouvait déclencher la mise à feu. Il y avait des grenades presque totalement dégoupillées et un simple mouvement les faisait exploser. Il y avait toutes sortes de mécanismes ingénieux.

 

Récit d'un accident.

Le 9 janvier 1945, je me trouvais au fort de Landrecourt, au sud de Verdun, avec mon oncle. Nous devions faire sauter un tas de munitions douteuses, en tout genre, en bordure d'une route secondaire, à proximité du fort.

Alors que je me déplaçais en bordure de cette voie afin de faire stopper les véhicules, mon oncle allumait la mèche lente. C'est à ce moment précis que le dépôt de munitions a explosé déchiquetant mon oncle. Les membres inférieurs ont été retrouvés à plusieurs mètres.

Me trouvant seul sur les lieux, je suis allé prévenir mon autre oncle qui se trouvait plus loin  au lieu-dit Champ – Lagaille afin qu'il prévienne les autorités.

Nous n'avons jamais su exactement ce qui s'était passé; la mèche lente était-elle en réalité de la mèche instantanée ? Le dépôt avait-il été piégé ?

 

 Il y avait aussi des accidents et des victimes parmi les employés des sociétés privées : comme nous, la plupart n'avaient pas appris. »

 

                     

                              Bernard André

 

Fernand Legay (oncle de Bernard André, le narrateur) était un résistant, chef du groupe Savoie. Il avait déminé le pont Beaurepaire de Verdun en août 1944 afin que l'armée de Patton puisse poursuivre sa progression. Il avait été décoré par l'US Army.

Plus tard son nom a été donné à ce pont de Verdun.

 

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Bernard André, désobuseur en 1944, était un personnel civil qui travaillait pour l'armée française.

Par la suite il a effectué son service national en Allemagne, puis est parti engagé volontaire en Indochine.

Mais c'est une autre histoire.

 

Bernard André nous a quitté, hélas, le 08 octobre 2009.

 

 

Minederien

 



Article ajouté le 2009-02-11 , consulté 52 fois

Commentaires


la famille d'André Bernard le 26/08/2009 à 11:48:52
Merci à toi, Minederien.
On a contacté M.Schmitt et des échanges ont débuté: généalogie et souvenirs.
Il est important que nos anciens nous laissent des écrits de leur vécu, la vraie histoire se situe là aussi, pas seulement à travers la plume des grands historiens.

Minederien le 23/08/2009 à 11:38:41
Vos deux commentaires sont très intéressants. Je transmets ceci à la famille. Par la suite, je pourrais vous mettre en contact, après tout, vous êtes de la famille (même lointaine).
Très cordialement
SCHMITT YVES le 23/08/2009 à 11:14:49
Je reviens sur mon commentaire d'hier. Il me semble que le texte exact entendu à la radio soit:" Toi le Verdunois Legay où que tu sois on te retrouvera, le pont n'a pas sauté mais tois tu sauteras". Je me souviens également qu'étant écolier j'ai vendu sur la voie publique des cartes au profit des enfants de Fernand Legay.
SCHMITT YVES le 22/08/2009 à 17:09:15
Je viens de trouver votre article, il m'a particulièrement interréssé car j'ai écrit mes souvenirs d'enfnats pendant le guerre, j'habitais alors Belleville et dans mes souvenirs je parle jusrement de Fernand Legay qui était un cousin sous-germain de mon père. Au sujet de sa mort je souviens trés bien qu'en écoutant la radio quelques jours aprés la libération, je ne sais pas quelle station car il n'y avait plus d'inscription sur le cadran du poste peut-être radio Strasbourg nous avons entendu, je m'en souviens comme si c'était hier " Toi le verdunois Legay nous te ferons la peau, le pont n'a pas sauté mais toi tu sauteras" et c'est ce qui s'est passé.
Je me suis mis en contact avec son fils Guy qui a eu la gentillesse de me faire parvenire des documents sur son père.
Salutations à quelqu'un qui est un lointain cousin.


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